Et si l’extinction des dinosaures ne s’était pas jouée dans le froid, mais dans une fournaise mondiale ? Une nouvelle étude menée par une équipe de l’université Purdue, aux États-Unis, et publiée dans la revue Journal of Geophysical Research: Biogeosciences, bouleverse le scénario classique de l’impact de l’astéroïde Chicxulub il y a 66 millions d’années. Selon ces travaux, la majorité des créatures terrestres n’auraient pas succombé lentement à un hiver d’impact, mais auraient péri en l’espace de quelques heures seulement, sous l’effet d’une impulsion de chaleur extrême.
Un mécanisme d’extinction repensé
Dirigée par le géophysicien Brandon C. Johnson, l’équipe a combiné simulations numériques de l’impact et données géologiques récentes pour reconstituer les premières heures suivant la collision. L’astéroïde, large d’une dizaine de kilomètres, a percuté la péninsule du Yucatán avec une violence telle qu’il a vaporisé de la roche et projeté une immense quantité de matière dans l’atmosphère. Une partie de cette vapeur s’est condensée en sphérules, de minuscules billes de roche fondue, qui en retombant à grande vitesse ont chauffé l’atmosphère par friction.
Une chaleur amplifiée par la poussière
Le véritable basculement du scénario tient à un second phénomène : un immense nuage de poussière fine, resté en suspension après l’impact, aurait piégé cette chaleur au lieu de la laisser se dissiper. Résultat, selon les chercheurs : les températures à la surface du globe auraient grimpé de façon spectaculaire, avec une amplification de la chaleur d’impact évaluée à plusieurs fois son niveau initial. Cette combinaison inédite explique pourquoi tant d’espèces terrestres, y compris de grands dinosaures a priori capables de résister à un simple refroidissement, n’ont laissé aucune chance de survie.
Des incendies à l’échelle planétaire
Conséquence directe de cette impulsion thermique : des feux de forêt à grande échelle se seraient déclarés quasi simultanément sur plusieurs continents, alimentés par une végétation déjà desséchée par la chaleur ambiante. Les modèles suggèrent que de nombreux animaux ont été brûlés, surchauffés ou pris au piège par la propagation des flammes en l’espace de quelques heures à peine après la chute de l’astéroïde, bien avant même l’installation du fameux « hiver d’impact » longtemps considéré comme la cause principale de l’extinction.
Pourquoi cette découverte change la donne
Depuis des décennies, la théorie dominante décrivait une extinction progressive, provoquée par un refroidissement global lié aux poussières bloquant la lumière du soleil pendant des mois, voire des années. Cette nouvelle étude ne réfute pas l’existence de cet hiver d’impact, mais montre qu’il n’a probablement pas été la cause immédiate de la mort de nombreuses espèces. La séquence serait donc double : une chaleur foudroyante en quelques heures, suivie d’un refroidissement prolongé qui a achevé d’anéantir les écosystèmes survivants.
- Une étude Purdue University publiée dans le Journal of Geophysical Research: Biogeosciences
- Une impulsion de chaleur amplifiée par un nuage de poussière post-impact
- Des incendies déclenchés à l’échelle mondiale en quelques heures
- Un scénario qui complète, sans l’annuler, la théorie de l’hiver d’impact
Cette révision du scénario de l’extinction du Crétacé illustre combien la recherche en sciences de la Terre continue de progresser, plus de trente-cinq ans après la découverte du cratère de Chicxulub. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de nos rubriques Science et Technologie et Climat et Ecologie, où les avancées de la modélisation climatique et géophysique permettent de mieux comprendre les grands bouleversements passés de notre planète — de quoi éclairer aussi les enjeux climatiques actuels traités régulièrement dans notre rubrique Actualités.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’astéroïde de Chicxulub ?
Il s’agit de l’astéroïde d’environ 10 à 12 kilomètres de diamètre qui a percuté la péninsule du Yucatán, au Mexique, il y a 66 millions d’années, provoquant l’extinction de masse qui a mis fin au règne des dinosaures non aviens.
Les dinosaures sont-ils morts de froid ou de chaud ?
Selon cette nouvelle étude, la cause immédiate de mortalité dans les heures suivant l’impact serait une chaleur extrême et des incendies généralisés, et non le refroidissement global qui n’est intervenu que dans un second temps.
Cette découverte remet-elle en cause la théorie de l’hiver d’impact ?
Non, elle la complète. Les chercheurs estiment que l’hiver d’impact a bien eu lieu et a prolongé la crise écologique, mais qu’il n’explique pas à lui seul la mortalité massive survenue dès les premières heures.



