Elle a peint ses premières compositions abstraites dès 1906, plusieurs années avant Kandinsky, Malevitch ou Mondrian. Pourtant, le nom de Hilma af Klint est resté largement méconnu du grand public jusqu’à ces dernières années. Le Grand Palais et le Centre Pompidou lui consacrent cet été, pour la toute première fois en France, une exposition monographique d’ampleur.
Une pionnière de l’abstraction restée dans l’ombre
Née en 1862 à Stockholm dans une famille de scientifiques, Hilma af Klint suit d’abord une formation académique classique à l’Académie royale des beaux-arts de Suède. C’est en marge de cette formation, au sein d’un groupe de cinq artistes suédoises surnommé « De Fem » (Les Cinq), qu’elle commence à explorer des formes picturales radicalement nouvelles, mêlant géométrie, aplats de couleurs vives et motifs organiques.
Cette bascule vers l’abstraction est indissociable de son parcours spirituel : après la mort prématurée de sa jeune sœur, elle se tourne vers le spiritisme, puis vers la théosophie et l’anthroposophie de Rudolf Steiner. Elle affirmait peindre sous la conduite d’entités qu’elle appelait ses « guides », lors de séances où le groupe pratiquait l’écriture et le dessin automatiques.
Le cycle « Peintures pour le Temple », enfin dévoilé en France
L’exposition parisienne, ouverte jusqu’au 30 août, présente pour la première fois en France son œuvre majeure : le cycle des Peintures pour le Temple, réalisé entre 1906 et 1915. Il rassemble 193 œuvres, dont la célèbre série monumentale des « Dix plus grandes », conçues pour un édifice spirituel imaginaire que l’artiste n’a jamais vu construit de son vivant.
Consciente du caractère avant-gardiste de son travail, Hilma af Klint avait elle-même demandé que ces toiles ne soient exposées que vingt ans après sa mort, estimant que le public de son époque n’était pas prêt à les recevoir. Elle s’éteint en 1944 ; son œuvre reste ensuite conservée par sa famille pendant des décennies, quasiment invisible du monde de l’art.
Une reconnaissance tardive mais spectaculaire
Il faut attendre 1986 pour qu’une première exposition fasse redécouvrir son travail, puis 2018 pour qu’elle connaisse une consécration internationale : la rétrospective que lui consacre le Guggenheim de New York devient, sur les 60 années d’histoire du musée, l’exposition la plus visitée jamais organisée dans ses murs. La France, elle, n’avait jusqu’ici jamais présenté d’exposition monographique consacrée à l’artiste.
- Une œuvre pionnière précédant de plusieurs années les grands noms officiels de l’abstraction.
- Un ensemble resté caché plus de 40 ans sur demande expresse de l’artiste.
- Une reconnaissance muséale mondiale tardive, mais désormais confirmée par les plus grandes institutions.
Pourquoi cette reconnaissance tardive interroge
Au-delà de la prouesse artistique, l’histoire de Hilma af Klint est aussi devenue un cas d’école dans les débats sur la place des femmes dans l’histoire de l’art. Longtemps, les livres de référence ont continué de créditer Kandinsky comme le « père » de l’abstraction, sans mentionner l’existence d’une œuvre antérieure. L’exposition du Grand Palais s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large de réévaluation du canon artistique du XXe siècle, aux côtés d’autres artistes féminines redécouvertes ces dernières années.
Les amateurs d’art et de culture retrouveront dans cette exposition un jalon important de l’histoire de la peinture, à mettre en perspective avec les tendances actuelles suivies dans notre rubrique mode et tendance, ou avec les grands rendez-vous culturels internationaux couverts en actualité internationale.
Questions fréquentes
Qui était Hilma af Klint ?
Hilma af Klint (1862-1944) est une peintre suédoise aujourd’hui considérée comme l’une des toutes premières artistes de l’histoire occidentale à avoir créé des œuvres abstraites, dès 1906, avant les figures habituellement créditées comme pionnières du mouvement.
Pourquoi son œuvre est-elle restée si longtemps inconnue ?
L’artiste avait elle-même demandé que ses « Peintures pour le Temple » ne soient montrées que vingt ans après sa mort, estimant le public de son époque pas encore prêt. Son travail est resté conservé par sa famille durant des décennies avant d’être progressivement redécouvert à partir de 1986.
Où et jusqu’à quand voir l’exposition ?
L’exposition est présentée au Grand Palais à Paris, en collaboration avec le Centre Pompidou, jusqu’au 30 août 2026. Il s’agit de la première exposition monographique consacrée à l’artiste en France.
Sources
- Grand Palais — L’exposition Hilma af Klint est ouverte
- Centre Pompidou — Dossier de presse Hilma af Klint
- Smithsonian Magazine — Meet Hilma af Klint
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